Compostelle et saint Jacques sur le site de la cathédrale du Puy

Des erreurs et une source inattendue

Louis Mollaret

Les commentaires et informations donnés dans cette note font suite à la visite du site de la cathédrale du Puy. L’attention est appelée sur le fait qu’il ne s’agit pas du site du diocèse.

Erreurs et approximations
La lecture de ce site fait apparaître un certain nombre d’erreurs. Certaines d’entre elles tendent manifestement à montrer l’importance jacquaire du sanctuaire de la capitale du Velay en lui rattachant des événements liés au sanctuaire marial. Les autres sont les affirmations classiques du discours convenu sur le pèlerinage à Compostelle utilisées par tous ceux qui profitent du pèlerinage. Les extraits du site de la cathédrale figurent ci-dessous entre « ». Nos commentaires suivent. • « 10 ans d'inscription au Patrimoine mondial ... » L'inscription des chemins de Saint-Jacques en France au Patrimoine mondial résulte d'un subterfuge. 71 monuments ou sites et 7 tronçons du GR 65 ont seuls été classés « au titre des chemins de Compostelle » puis considérés comme un seul Bien pour justifier le classement de l’ensemble. La confusion est savamment entretenue. L'UNESCO a bafoué ses propres règles.« C'est dans les oeuvres de Didyme d'Alexandrie que l'on peut lire pour la première fois que l'un des apôtres avait prêché la foi en Espagne. Toujours d'après le remarquable travail de l'abbé Anglès, on sait que l'on retrouve la même information chez St Jérôme, dans ses Commentaires sur Isaïe, écrits en 412 et chez son contemporain Théodoret d'Antioche ». Les textes cités ne précisent pas de nom d’apôtre. Cette mission d'évangélisation est beaucoup plus généralement attribuée à saint Paul.« Avec la montée en puissance du nombre de pèlerins, un Hôtel-Dieu est construit au XIIe siècle, » « Dès 1677, l’Hôtel-Dieu ne suffit plus à accueillir tous les pèlerins, un Hôpital général est construit à proximité et inauguré en 1687 par l’évêque du Puy ». Le contexte peut laisser penser qu’il s’agit de pèlerins de Compostelle. Il s'agit de pèlerins venus vénérer Notre-Dame du Puy. Il conviendrait de le dire.« le chemin de Saint-Jacques, … prend naissance, au début de la via podensis». Le chemin ne prend pas naissance au Puy, même le dernier Livre du Codex Calixtinus, traduit en 1938 sous le titre Guide du pèlerin, indique qu’une route « passe par Le Puy » « la dômerie d’Aubrac, fondée au Xème – XIème siècle, pour abriter et secourir les pèlerins égarés dans le froid, le brouillard, la neige » La dômerie n'a pas été construite « pour les pèlerins » mais pour contrôler un territoire convoité par plusieurs diocèses. Elle a accueilli tous les voyageurs, dont des pèlerins qui n'allaient pas tous à Compostelle comme le montre une liste du XIVe siècle indiquant les sanctuaires de destination. La mention du Xe siècle est sans doute optimiste. La première mention officielle date du début du XIIe. « Le Puy est l’un des principaux points de départ du pèlerinage depuis qu’un évêque du Puy, Godescalc, a choisi en 950 de rejoindre le tombeau de l’apôtre … accompagné de 95 personnes » Le Puy n'a pas été point de départ depuis Godescalc. Il est inexact de dire que cet évêque a ouvert la route du Puy. Le diocèse du Puy possède-t-il des archives sur le nombre de ses accompagnateurs ? Le texte source mentionne seulement "qu'il est accompagné d'une suite nombreuse".« dans les années 50 un historien, René de la Coste Messelière s'intéresse au pèlerinage et y consacre sa vie. Il fonde la Société des amis de Saint-Jacques » Ce n'est pas René de La Coste-Messelière qui a fondé la Société. Le premier président a été Jean Babelon à la fondation en 1950. René de La Coste-Messelière a rejoint la Société en 1952, il en a été président-associé en 1972 et président en 1978.« C'est au 12e siècle que la fréquentation du pèlerinage semble avoir été la plus grande et c'est à ce moment là que parait le premier « guide du pèlerin de Saint-Jacques » par Aymerie Picaud. » Le dernier Livre du Codex Calixtinus, devenu Guide du Pèlerin en 1938, n'est pas paru au XIIe siècle, il s'agit bien d'un manuscrit rédigé à cette époque qui a été très peu copié et n'a sans doute jamais servi de guide avant d'être utilisé par l'abbé Bernès au début des années 1970. « Les moines de l'abbaye de Cluny prendront une part active au développement de ce pèlerinage » Aucun spécialiste de Cluny n'a jamais confirmé cette affirmation. Cluny a construit des églises partout. Les relations entre Cluny, Compostelle et Rome n'ont pas eu pour objet de développer le pèlerinage. Enfin il serait bon de distinguer « saint Jacques »l’apôtre de « Saint-Jacques », ville, église, chemin, …

Source des informations de la cathédrale
La lecture du site de la cathédrale du Puy suscite en outre des inquiétudes sur l’esprit dans lequel risque d’évoluer le pèlerinage à Compostelle si l’Eglise de France n’y est pas attentive. Ces articles sur le pèlerinage sont réalisés "d'après le remarquable travail de l'abbé Anglès". Le site indique en effet : « L'ensemble de ses notes ont été réalisées à partir de l'article de l'abbé Ramon Anglès intitulé "Le Chemin de Compostelle" ». Le site ne donnant pas la source de cette référence, la Fondation a fait des recherches sur Internet. Ces recherches à partir de Google ont appris : - que l'article a été publié en 2004 par une revue de la Fraternité Saint Pie X - que l'abbé Anglès est « un poulain de Mgr Williamson ». Ci-dessous les liens permettant de vérifier ces informations. - origine de cet article : Nouvelles de Chrétienté n° 88, "Le chemin de Compostelle" Abbé Ramon Anglès. Cet article est accessible à partir : du site - auteur de l’article : l’abbé Ramon Angles, que Mgr Williamson a mis en avant pour remplacer Mgr Fellay à la tête de la FSSPX aux chapitres de 1994 et 2006, information provenant du site


Commentaires (0)
1. Luc de Raal le 28/09/2009 22:16
Pourtant ce chemin de pèlerinage est et restera avant tout chemin de Foi même si l'on s'acharne à vouloir en faire un chemin culturel et historique...
Il y passe aujourd'hui encore et demain aussi tant et tant de pèlerins...!
Lecture du mardi 29 septembre à méditer
Je continuai à regarder : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent.
Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des millions d'êtres le servaient, des centaines de millions se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l'on ouvrit des livres.
Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.
Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.
L de R.
2. Luc de Raal le 29/09/2009 10:44
Merci de votre réponse,
Ce que je voulais dire c'est qu'à travers les textes de ce site, finalement on ressent une forte contestation de l'appropriation estimée du chemin de St-Jacques soit par les institutionnels (Europe notamment) soit par l'église.
Or, si je comprends parfaitement les intérêts financiers en jeu en ce qui concerne le tourisme sur ce chemin, j'ai du mal à percevoir l'intérêt de l'église, qui prône à priori une ouverture pour plus de partage et d'accueil charitable sur un chemin qui reflète la vie en plus condensée.
Ce qui m'intéresse dans la démarche des pèlerins restant essentiellement le témoignage qu'ils peuvent rapporter de leur cheminement et des transformations qui en résultent dans leur vie de tous les jours.
Mon idée étant de publier un document présentant ses témoignages; et dans leur grande majorité, on retrouve non seulement un retour vers des valeurs humaines plus fraternelles mais aussi un revirement profond vers la Foi.
Est-il si important que cela de se limiter à revisiter (de façon parfois assez subjective) l'histoire en oubliant les fruits extraordinaires produits par l'"arbre du pèlerinage" à St-Jacques ?
C'est un peu mon interrogation et mon désaccord (je m'en excuse) sur les textes de votre site.
Pour information j'ai lu avec un grand intérêt le volumineux ouvrage de Gicquel mais je trouve que son niveau n'en permet pas une lecture aisée pour le commun des mortels et dès que l'on aborde des parties commentées, il est visiblement partisan.
Bien cordialement
L de R.
3. Luc de Raal le 01/10/2009 18:18
Bonsoir à vous,
Je comprends parfaitement vos motivations et votre démarche, et en ce qui me concerne je n'ai pas de questionnements particuliers à émettre ni sur le livre de B.Gicquel (je l'ai quand même lu avec intérêt) ni sur les articles de votre site, mais il me semble que vous ne donnez pas suffisament d'espace à la dimension particulière retrouvé par ceux qui cheminent.
C'est plutôt sur ce chapitre que je suis intervenu, car si d'un côté, l'Europe jette sur les chemins des miliers de randonneurs, si l'église de son côté encourage les hommes et femmes en recherche à partir sur ce chemin de pèlerinage, et les accompagne en chemin, au fond qu'importe (pour ceux qui partent) les enjeux financiers, économiques ou religieux...Je pense sincèrement qu'ils n'en n'ont que faire !
Ce qui me parait important, c'est que ces "pèlerins" aient mis un pied sur le chemin...
La Grâce, la Providence, ou ce que chacun veut mettre derrière l'inexplicable fera le reste.
Je pense qu'il faudrait ouvrir un peu vos colonnes non seulement à l'histoire de l'arbre comme vous le dîtes si bien mais aussi à la richesse produite aujourd'hui par ce dernier en terme de Foi et d'humanité quand notre monde en a tant besoin.
Cordialement
Luc de Raal
PS : sur le site seul le premier commentaire apparait et pas la suite; c'est normal ?
4. Luc de Raal le 01/10/2009 18:32
Re,
J'ai lu avec intéret les renvois concernant l'Abbé Anglès Ramon. Dans le détail il s'avère qu'il est considéré par la Fraternité St-Pie X comme un rallié à Rome; et non comme un intégriste.
J'ai lu par ailleurs l'intégralité de son texte sur St-Jacques de Compostelle et en dehors des références historiques qui sont différentes de celle de votre historienne mais pas vraiment plus vérifiable pour un non initié comme moi, pour ce qui est de la démarche de pèlerin, je ne vois rien qui puisse me déranger au point de justifier votre article, qui me parait trop véhément envers cette autre approche du pèlerinage.
Il y a encore beaucoup à réfléchir sur tous ces sujets où chacun campe sur ses positions.
Cordialement
L de R
5. Luc le 05/11/2009 18:15
J'ai retrouvé dans des archives le fascicule de présentation de l'Année Sainte 1954 à Santiago.
16 pages passionnantes qui montrent qu'à cette époque beaucoup de pèlerins venaient de toute l'Europe pour le pèlerinage.
Par exemple en l'Année Sainte 1948, 700.000 pèlerins ont été dénombrés dans l'année à Santiago de Compostelle.
Il y est écrit que Paris, le Mans (Orléans ?) et Le Puy sont les pourvoyeurs de ces grandes manifestations de Foi à St-Jacques.
Le Puy était donc bien un grand cenytre de départ de pélerinage à St-Jacques antérieurement aux années 1970
Luc de Raal
Nouveau commentaire :