De processions en pèlerinages contre la peste, étape n°6

Denise Péricard-Méa

Au XVe siècle, la répétition des épidémies de peste laisse les médecins impuissants (Jérôme Münzer le savait !). Il ne restait plus qu’à se tourner vers le Ciel en demandant l’aide des saints. C’est bien pourquoi on peut imaginer que saint Roch vient seconder saint Jacques plutôt que le concurrencer.
Ainsi, à Paris en 1467 où sévissait une « pestilence » on porta en procession « l’os du bras mons. S. Jaques » depuis l’église Saint-Jacques-de-l’hôpital où il était conservé jusqu’à Saint-Germain-des-Prés.
Un exemple intéressant est donné par les dévotions à la relique du chef de saint Jacques à Perpignan.



A Perpignan le 17 août 1482, la peste fait des ravages : Derrière la tête de « monseigneur saint Jacques  (photo ci-dessus) […] samedi, le 17 août, on fit une procession avec grandissime dévotion : Maître Jean Androu, syndic en chef, y fut pieds nus, et quelques autres chapelains ; les consuls de cette ville de même, pieds nus, et le viguier et bien d’autres personnes avec des lumières allumées, en bon ordre, tous les hommes deux par deux et les femmes de même, sans parler l’un avec l’autre, sinon pour dire des prières ; et les enfants et les filles échevelées, et tous pieds nus, tous criant : « Seigneur, vrai Dieu, miséricorde ! » « Dieu veuille nous aider ! ».
Après la messe deux pèlerins sont envoyés à Compostelle : « cela fait, la procession s’en alla avec la Vraie Croix et avec la tête de monseigneur saint Jacques, jusqu’au portail du Poids, et lorsque les pèlerins furent hors du portail, ils prirent congé […] et prirent le chemin de Puigcerdà ».
Ils rentrent « samedi 19 octobre, sains et saufs […] La procession avec les honorables seigneurs consuls, selon la coutume, accueillit les pèlerins avec grand honneur […] puis on entre dans l’église pour la grand-messe, rendant grâces à Dieu de la grâce qu’il a faite à la ville au sujet des mortalités, et du fait que les pèlerins sont arrivés sains et saufs ».
Le 25 mai 1488 le même cérémonial s’est répété, suivi encore du départ de deux autres pèlerins pour Compostelle. Nous verrons dans les jours suivants que cette double démarche n’est pas isolée et que, inconvénient majeur, la peste va et vient tranquillement sur le camino francés.

Merci à tous les pèlerins confinés qui nous encouragent à continuer !
A venir :
1466, Léon de Rozmital pèlerin face à la peste - étape 7
1620, Pèlerins d’Elbeuf vecteurs de la peste - étape 8