Un remède contre la peste, étape n° 7

Denise Péricard-Méa

En 1465-1466, le beau-frère du roi de Bohême, part avec une suite d’une centaine de personnes faire un grand tour d’Europe pour « se rendre dans tous les royaumes de la chrétienté, visiter toutes les cours épiscopales et seigneuriales en pays germaniques et latins et, par-dessus tout, se rendre en pèlerinage auprès du bien-aimé saint Jacques ». Arrivé au Portugal, il souhaite rencontrer le roi, mais il tombe au milieu d’une épidémie de peste. Le roi lui-même a quitté Lisbonne pour Evora.

Le secrétaire  de Léon de Rozmital raconte :
« Nous ne sommes pas entrés dans Coïmbra, car l’atmosphère y était alors pestilentielle. Nous avons passé la nuit dans un hameau de la montagne nommé Rabazala où nous n’avons vu que quatre maisons. Nous avons pénétré dans une contrée ravagée par la pire épidémie de peste dont j’ai jamais entendu parler. Il nous arrivait de traverser un bourg ou un village sans y rencontrer âme qui vive. Personne ne peut imaginer à quel point c’était horrible. Nous avons dû acheter du vin et du pain ou même loger auprès de personnes atteintes de la maladie ou bien qui hébergeaient des malades dans leur maison. Tout le temps où nous nous sommes trouvés dans ce pays, je choisissais le plus souvent de dormir avec mes chevaux à la belle étoile ».
On leur raconte que plus de trois mille esclaves noirs ramené d’Afrique par des trafiquant « moururent de la peste dans un seul convoi pour Lisbonne, capitale du Portugal ».
Certains d’entre vous ont reproché à Münzer d’avoir abandonné ses patients mais, 20 ans plus tôt le roi du Portugal avait fui son palais de Lisbonne pour se réfugier à Evora. Que dirait-on si notre Président de la République partait dans sa résidence secondaire ? Léon de Rozmital décide néanmoins de rejoindre le roi. Evora, dit-il, est « un port proche de la frontière avec les païens et situé dans un paysage aride et sauvage. Pour l’y rejoindre nous dûmes endurer la faim et la soif et des conditions de logement pénibles pour les hommes et les chevaux. Mon valet tomba gravement malade en chemin et je dus, dans une chaleur épouvantable, m’occuper de mes chevaux et soigner mon serviteur : il y avait de quoi perdre le goût de vivre ! ».
Lors de la rencontre avec le roi, celui-ci donne un remède contre la peste. Il s’agit d’un produit tiré d’un couple de civettes (ou chat musqué) qu’il possède, capturé au Maroc. Le roi estime que ses deux exemplaires valent dans les huit mille florins. Et il explique : « cet animal possède un orifice sous l’anus qui secrète, une fois par année, un produit délicieusement parfumé qui entre dans la confection de baumes actifs contre la peste : le roi en hume à jeun tous les matins. Si l’on fixe un sachet sous la queue de l’animal ou qu’on le frotte contre la glande, l’odeur qui l’imprègne restera perceptible durant six mois ; cela ressemble à du musc et répand le plus délicieux arôme ».
(pour en savoir plus, lisez Wikipedia à l’article « civette »).

Denise Péricard raconte ici comment est né le livre De la Bohême jusqu'à Compostelle